Marcel Louis PERRIER, après une carrière de chef d’entreprise couronnée de succès s’est adonné à sa passion pour le haut moyen age et à l’issue de dix ans de recherches assidues, nous livre la trilogie des "Cavaliers de l'an Mille" ; premier roman ayant pour cadre le Xème siècle.
"Allez voir au Xe siècle, il s'y passait des choses intéressantes!"
Questions posées à l’auteur "des Cavaliers de l’an mille"
L’action « Des cavaliers de l’an mille » se déroule au Xe siècle, pourquoi avoir choisi cette période ?
- La première raison est, qu’à ma connaissance, aucun roman historique n’avait été écrit sur cette époque. Il y a de nombreux livres sur les Cathares, les croisades, les templiers, la conquête de l’Angleterre, ainsi que sur l'épopée Viking, mais pour le dixième siècle rien ! Pourquoi si peu de textes sur les années ayant précédé l’avènement d’Hugues Capet comme Roi de Francs ?... ‘L’analyste Flodoard’ étant mort en 966, je me suis rendu compte que les historiens avaient eu à leur disposition très peu de documents. Fin du dix-neuvième siècle, on retrouve cependant dans une bibliothèque allemande un manuscrit poussiéreux (après dix siècles ça se conçoit) « L’Histoire de France » écrite par Richer, moine contemporain, et couvrant la période 888-995. Hélas ! Richer aimait les grandes tirades littéraires, les beaux discours inspirés des auteurs romains, mais se souciait comme d’une guigne de la précision historique et de la chronologie des événements. Restent les ‘diplômes royaux’ (les décrets royaux), la correspondance de Gerber d’Aurillac, le futur pape de l’an mille, les textes d’Abbon de Fleury, Liutprand, Raoul Glaber, Adémar de Chabannes, Adalbéron, Helgaud, sans oublier l’archéologie et les sciences connexes.
Mais surtout selon mon opinion, au dixième siècle : c’est ‘l’étale’, la marée basse, il n’y a plus d’empereur (avant le couronnement d’Otton 1er comme empereur des Romains) et le roi des Francs l’est si peu. Les droits régaliens par essence : l’impôt, la loi, la monnaie, la levée des armées, vont imploser et descendre progressivement les degrés de la pyramide vassalique jusqu’à être accaparés par le seigneur local. Cependant, cette période passionnante a en germe tout ce qui va s’épanouir au cours des siècles suivants !
Il s’agit bien d’un roman ?
- Absolument, et d’un roman d’action !… Oh combien ! Par moments même ‘ça saigne prou’ comme on eut dit jadis. Mon souhait le plus cher étant que le lecteur ait envie de tourner la page : que va-t-il arriver aux héros ? Comment parviendront-t-ils a se sortir de situations aussi périlleuses ?… J’avoue en tant qu’auteur avoir eu parfois quelques difficultés à répondre à cette dernière question, tant leur position me semblait désespérée ! Je me suis efforcé également de redonner à ce ‘siècle de fer et de plomb’, comme le nommaient les historiens du dix-neuvième siècle, les couleurs de la vie : l’amour, la passion, la jalousie, l’ambition, la peur mais aussi le courage, sont de tous les chapitres.
Les bases historiques sont-elles exactes ?
- Je me suis efforcé de suivre au plus près la trame des événements historiques, dont je donne d’ailleurs la chronologie en fin de volume. J’ai lu et annoté pendant plus d’une dizaine d’années plusieurs centaines de livres se rapportant à cette période, et c’est d’ailleurs l’existence de cette ‘base de données’ qui m’a incité à écrire le premier volume. Je cite dans les notes de bas de page les sources lorsque cela m’a semblé nécessaire. Mais le dixième siècle est ‘un gué’ qu’on franchit à grand pas, il y a des blancs ! Ce qui m’a paru intéressant c’est de tenter de reconstituer la vie quotidienne des hommes du Xe siècle : comment s’habillaient-ils ? Que mangeaient-ils ? Comment forgeaient-ils leurs armes ? Les bâtiments militaires et civils étaient alors en bois, et le bois ça pourrit, alors comment connaître l’architecture de ces constructions ? Etc.
Vous employez de temps à autre des mots de vieux français, pourquoi ?
- Pour ‘épicer le texte’ en quelque sorte : ‘bafe’ (avec un seul f) n’est pas une expression d’argot, mais du vieux français. ‘Y aller à chaton’ : s’avancer comme un chat, prudemment, sur la pointe des pattes. ‘À espron’ : de toute la vitesse d’un cheval etc.
J’étais conscient que cette ‘saga’ ne pouvait pas être le récit au plus prêt des événements de cette période, et ça n’était pas mon but, de plus, cela a déjà été fait par des médiévistes de grand talent. Nous vivons dans un siècle laïc : au moyen âge, le merveilleux et le surnaturel imprègnent la vie de tous. Nous achetons, nous vendons : le haut Moyen âge connaît surtout le troc, le numéraire s’est tari, plus de monnaie d’or, seuls subsistent des deniers d’argent. Les grands domaines Carolingiens sont conçus pour vivre en autarcie, et d’ailleurs le surplus aurait été pratiquement inexploitable en raison de la déficience des moyens de transport. Mais surtout la pensée, les motivations, les centres d’intérêt des hommes de ce temps sont bien différents des nôtres, le dixième siècle c’est une autre planète. Cependant les passions, les ambitions, les vertus et les vices qui agitent les hommes demeurent les mêmes, et c’est ce dont je me suis servi.
L’un de vos héros est un Viking, ça n’était donc pas les barbares dont on nous a parlé ?
- « Oh Dieu protège nous de la fureur des hommes du Nord ! » n’était certainement pas une invocation gratuite. Cependant, à l’origine, ceux que nous appelons les Vikings étaient des commerçants allant vendre ce qu’ils pouvaient, les terres arables étant rares en Scandinavie. Mais c’étaient des opportunistes, et lorsque le pillage rapportait plus que le commerce, ils s’adonnaient au pillage. Simultanément ils ont poursuivi leurs explorations par mer : l’Islande, le Groenland, l’Amérique du Nord etc. et à l’Est par les fleuves jusqu’à Byzance, et le moyen orient.
Puis vint la phase de conquêtes ‘Le Danelaw’, la terre de loi Danoise en Angleterre, et la Normandie en France, et enfin leurs descendants directs, les Normands, on conquit l’Angleterre et le Royaume de Sicile. À l’Est ils fondent le premier ‘état’ russe.
Comment les Vikings ont-ils pu réaliser tout cela ?
- Ils avaient ‘l’arme absolue’ non pas le ‘drakkar’ qui n’a jamais existé, mais le ‘langskip’, extraordinaire réussite d’architecture navale. Sait-on que les planches composant son bordage à clin n’étaient pas sciées mais fendues afin de conserver le fil du bois et ainsi d’en augmenter la résistance. Ce même bordage à clin permettait en quelque sorte de faire de ‘l’aquaplaning’ et ainsi de supporter des vagues plus hautes. Un ‘drakkar’ peut naviguer à la même vitesse qu’un bateau à voile moderne (en excluant les multicoques)… et il a été conçu il y a plus d’un millénaire !
Nous distinguons un peu mieux le cadre des ‘Cavaliers de l’an mille’, mais qu’en est-il de l’intrigue ?
- C’est un roman d’espionnage médiéval.
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